Lettre de João da Silveira au roi D. João III Archives Nationales Torre do Tombo Lisbonne Gavetas XV Après avoir écrit à Votre Altesse le 16 mars par Simão Vaz, que j'envoyai par terre en poste parce que je sus de Pero Carvalho que la Castille était sûre, et après avoir expédié de La Rochelle par mer un double de cette même lettre du 16 dudit mois, j'appris ici que le roi avait fait mettre l'embargo sur les navires de Verazano, nouvelle que je tins de gens de Rouen qui m'affirmèrent qu'après que je lui eus parlé la dernière fois, et bien qu'il fut irrité parce qu'il lui semblait que cette requête était déraisonnable, il réfléchit de nouveau à cette affaire et se mit à changer d'avis, et comme à ce moment-là lui parvenait la nouvelle que Votre Altesse était en mauvais termes avec l'empereur, il finit par se décider audit embargo des navires de Verazano, ce qu'il fit sans m'en informer, et cela pour ne pas se lier les mains avant de voir où en viendraient les choses entre Votre Altesse et l'empereur, et de connaître la réponse d'Honorat, parce que s'ils s'en déclaraient contents, je tiens pour assuré que ledit voyage de Verazano n'aurait pas lieu encore que rien de ce qui le concerne ne doive être définitivement affirmé. Pour le moment, je suis décidé à ne pas parler aucunement de cela, mais au contraire à les laisser agir par eux-mêmes pour diverses raisons, notamment parce qu'il se peut qu'ils veuillent obliger à ce qu'il leur soit accordé davantage de faveurs s'il en était fait de la sorte, ruse que je leur suggérerais si je parlais de cela, alors que je suis persuadé qu'ils refuseraient quand même ledit embargo. Ce que je vais faire, c'est travailler à savoir la façon de l'obtenir, et l'espoir qu'a Verazano de partir. Et si, pour sa bonne réussite, il convient d'aviser Votre Altesse de quelque chose dé plus à propos de cette affaire, je le ferai aussitôt par tout moyen dont je pourrai disposer. La seigneurie de Venise a envoyé ici à son ambassadeur les nouvelles du siège et de la prise de Rhodes sous forme d'un résumé des messages qu'elle a reçus à ce sujet, ce dont j'adresse une copie à Votre Altesse. A Rome, on a grand peur du Turc, et le Pape envoie en Hongrie un délégué et tout l'argent qu'il peut pour que là-bas on lui fasse la guerre et qu'on le détourne de cette autre entreprise. Il y a ici, entre les mains du nonce délégué, un message du Pape sur cette question pour Votre Altesse et pour l'empereur, comme tous les autres princes chrétiens, message qui parviendra à Lisbonne sans tarder. Par deux voies, j'ai écrit à Votre Altesse la réponse que le roi m'a fait tenir sous la signature du chancelier au sujet des affaires dont je lui demandais la solution depuis si longtemps. Un des exemplaires va en compagnie de Palharão qu'Honorat a envoyé ici et qui s'en retourne avec la réponse qui, à ce qu'il laisse entendre, est satisfaisante. Dieu veuille qu'il en soit ainsi. Que Notre Seigneur accorde à la vie et l'Etat royal de Votre Altesse des jours prospères et longs. De Poissy le XXII mars de 1523. Au roi notre seigneur Je baise les mains royales de Votre Altesse João da Silveira